Haïti chevauche un massif

Article : Haïti chevauche un massif
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Haïti chevauche un massif

Jeune haïtien hissant un drapeau à son mât

Le 7 février 2017, suite à une élection contestée, Mr. Jovenel Moïse fut élu président d’Haïti. Aujourd’hui, un grand débat éclate au sein de la société et la divise en deux grandes tendances quant à la durée du mandat de ce dernier. Se référant à l’article 134-2 de la constitution, les leaders de l’opposition avancent qu’ils devaient partir le 7 février 2021, alors que le président et ses partisans croient durs comme fer que la fin de son mandat arrivera le 7 février 2022. Jusqu’à présent, les protagonistes ne parviennent pas à trouver une entente. Entre temps, Haïti chevauche un massif où personne ne sait quand elle arrivera au sommet. Cette situation se traduit par la montée en puissance d’un ensemble de problèmes provoquant de grands malaises au niveau de la société. Comment se manifestent-ils ? Il s’agit ici de présenter le spectre de la réalité haïtienne actuelle en bref.

Une insécurité grandissante

La sécurité est l’un des biens publics prioritaires. Tout Etat responsable se doit de la garantir à tous les citoyens. En 2020, le pays a connu deux fameux « pays lock » où tous les citoyens ont dû passer des mois chez eux sans pouvoir vaquer à leurs occupations. Aujourd’hui, le pays se trouve paralysé par une vague de séquestration (kidnapping) sans précédent. Personne n’est épargné, pas même les enfants et les plus démunis. Selon l’organisation de défense des droits humains, Défenseurs Plus, « le nombre de kidnappings a atteint des records vertigineux durant l’année 2020. Officiellement, le nombre de cas recensés était de 124 entre janvier et août, mais les données informelles recueillies font état de plus de 1000 cas[i].

Une injustice boiteuse

La justice élève une nation et son absence en fait la ruine. Cette vérité est incontestable. En Haïti, le niveau de justice d’un individu dépend du niveau de relations qu’il peut entretenir avec des dignitaires. Les paroles de La Fontaine dans les Fables Choisies traduisent bien cette réalité : « Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs. » L’un des endroits où cette soif de justice se fait sentir est dans le domaine foncier. Personne ne sait quand il a bien acquis un domaine, même après l’avoir acquis depuis 20 ans. Quelqu’un qui a du pouvoir ou des relations avec des autorités de l’Etat, que ce soit vrai ou pas, peut venir avec des groupes armés et vous demander de vous déguerpir sous peine de vous faire exterminer.

Des services caractérisés par la corruption et l’inefficacité

Pour avoir un service, notamment dans les institutions publiques, tout le monde se fait prier. Sinon, faites en sorte de trouver les moyens pour payer quelqu’un d’autres (un démarcheur ou raketè comme on dit en créole haïtien). Parfois, les fonds alloués pour desservir la population sont utilisés à d’autres fins ou mal dépenses, avec pour finalité d’en tirer des gains sordides. Entre temps, le peuple souffre dans une misère noire et personne ne peut oser intenter une action en justice contre ses présumés fraudeurs.

Une éducation à vitesse multiple

Il est vrai qu’il existe un Ministère qui s’occupe de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle en Haïti. Mais, fort est de constater que presque chaque école suit son propre programme. La formation que reçoivent les citoyens ne leur permet pas de s’entendre. L’organisation même du processus de formation crée les conditions nécessaires pour alimenter les conflits. Autant de programmes, autant de société.

Une économie dominée par le monopole

En Haïti, n’importe qui ne peut pas prétendre à la richesse par entrepreneuriat. Chaque secteur économique est contrôlé par une personne ou un groupe de personnes bien spécifique. L’Etat ne garantit pas l’égalité de chance et opportunité. Les banques ne donnent du crédit que sur la base de relation personnelle. Quand ce n’est pas le cas, le taux d’intérêt exigé suffira pour vous décourager à ne pas penser aux affaires. Face aux pauvres, les nantis agissent comme le loup face à l’agneau des fables de La Fontaine. Si les haïtiens n’avaient pas pensé à d’autres alternatives, ils ne pourraient pas survivre dans cette jungle.

Conclusion

Il faut rappeler que depuis la fondation de la nation haïtienne jusqu’à aujourd’hui, le pays continue de faire face à différents problèmes. Ce n’est pas sans raison que le fondateur de la patrie, Jean Jacques Dessalines, lorsqu’il observait la manière dont certains hommes de couleur voulaient s’accaparer des richesses et des terres après l’indépendance d’Haïti en 1804 eut à déclarer et je cite :

“Et les Noirs dont les pères sont en Afrique n’auront donc rien [ii] ? »

Bientôt, il sera question de proposer quelques pistes de réflexion qui pourront servir de base pour la construction d’une nouvelle Haïti à laquelle les générations futures seront fières d’appartenir.

Onyl Gédéon, Le leaderologue


[i] https://defenseursplus.org/rapport-semestriel-sur-la-situation-des-droits-humains-juin-2020/

[ii] https://www.redalyc.org/pdf/1591/159144624005.pdf

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