Quand les mots perdent leur sens

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Quand les mots perdent leur sens

En Haïti, un jeune qui parvient à boucler le cycle d’étude secondaire est appelé philosophe. Pourtant, il n’a suivi qu’un cours de philosophie basique. Même si le langage demeure, l’arrivée du Nouveau Secondaire devrait contribuer à corriger cet impair langagier. Mais qu’en est-il du président, du sénateur, du pasteur qui sont appelés respectivement: Son Excellence, l’Honorable et le Révérend? Cet article vise à dénoncer les mauvaises pratiques sociales qui se sont établies au sein de la société haïtienne, depuis longtemps , qui ne sont pas adressées.

Faut-il appeler un président « Son Excellence?

Tout d’abord, il faut se poser la question suivante: pourquoi devrions-nous appeler un président  » Son excellence », alors qu’il n’excelle en rien du tout? Serait-il inconscient du titre qui lui est donné? C’est possible. Les mots, en effet, sont des signes. Et en tant que tels, ils sont signifiés et signifiants (Ferdinand De Saussure, Cours de linguistique générale).

Ne pas pouvoir honorer le titre attaché à une fonction et jouir de manière éhontée des privilèges et honneurs  qui y sont relatifs, c’est dépouiller le mot (signe) de son signifié. Un président devrait montrer la voie du bon et du vrai aux autres citoyens. Certains disent qu’il est le premier citoyen de la nation, ce qui ferait de lui un modèle d’excellence. Pas un crétin en tout cas, qui échoue en tout, ou une personne qui divague à tout bout de champ. Cette fonction exige des compétences, comme la maîtrise de soi et la décence en tout. C’est pourquoi les gens ont tendance à répéter ces paroles: “Dis-moi quel président tu es, je te dirai quel pays tu diriges”.

Quid des « honorables » ?

Passons maintenant aux honorables. Il fut un temps en Haïti où un sénateur ou député symbolisait la compétence et le respect. Le sens des débats contradictoires, les efforts qu’ils ont faits pour voter des lois qui émanent du consentement de tous ceux pour qui elles sont faites (L’esprit des lois, Montesquieu) ne pouvaient qu’émerveiller un jeune en pleine formation universitaire.

Aujourd’hui, n’importe qui peut prétendre pouvoir occuper cette fonction. Des incultes et des repris de justice croient dur comme fer qu’ils y ont droit au mépris des honnêtes hommes. Qui plus est, ils ont le soutien d’une frange de la population qui leur donne quorum. Alors, cette pratique prendra-t-elle fin un jour? Il faut donner du temps au temps pour voir ce qui va se passer.

Maintenant que dire des révérends?

Le terme “Révérend” fait référence à la révérence, c’est à dire au respect qui est dû à celui qui porte ce titre. Mais ce n’est pas un cadeau qui lui est fait. Il doit cela à la sagesse, au discernement et à l’intelligence dont il fait montre dans la direction des affaires spirituelles et du niveau de moralité qu’il garde dans la communauté. Pourtant, de nos jours, n’importe qui veut qu’il soit ainsi appelé. Par ailleurs, ce qui est fascinant dans tout ça, c’est qu’il trouve des gens pour l’appeler comme ça. Sommes-nous donc dans une sorte d’anomie (Durkheim, Le suicide)?

Tout compte fait, il y a lieu de conclure qu’il existe aujourd’hui un manque de repères sociaux. Il faut repenser la société face à cette descente aux enfers, caractérisée par la fuite des valeurs, la perte du goût de l’excellence et la corruption systématisée. Il est temps de passer de la parole aux actes. Les acteurs ont besoin de sortir de leurs gonds pour dénoncer ces dérives qui démotivent les jeunes et les poussent à agir comme des citoyens irresponsables et malhonnêtes.

Onyl Gédéon, le leaderologue

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Commentaires

Oscar
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Intéressant!
la société a besoin des gens comme vous, pour penser aux succès. vos paroles sont fortes, monsieur Onyl.
Toutes mes félicitations.

Onyl
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Bonjour Oscar,

C'est pareil pour vous. La societe a besoin de gens comme vous qui n'ont pas peur de prendre l'initiative et de dire non a l'inacceptable.

Bon travail. Il faut lancer le travail de reconstructin des murs d'Haiti.

Bon travail Oscar

Guerrier
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Excellent texte PF Onyl !